« Je peux te donner trois plants de tomates, deux plants de concombres et quelques graines de haricots jaunes ! »
Si on m’avait dit en juin 2021 que trois plants de tomates, deux plants de concombres et des graines de haricots allaient se transformer en un potager qui prendrait de l’ampleur saison après saison, j’aurais ri… beaucoup ri.
Je n’avais jamais eu de plantes chez moi ou, du moins, ce n’était pas moi qui les arrosais. Je ne pouvais donc certainement pas prétendre avoir le pouce vert… J’avais l’impression que le fait de m’occuper d’un petit potager, sans véritable espace dédié et dans un climat nordique, me semblait presque relever de la ligue majeure de la verdure.
Encore aujourd’hui, je n’ai aucune plante à l’intérieur (elles meurent toutes, j’ai essayé…) Toutefois, pour ce qui est de l’extérieur, c’est la jungle.

Le premier été : mes premières questions
J’avais en tête dès le départ que jardiner et s’occuper d’un potager était assez compliqué. Surtout que cette personne, qui m’a gentiment livré mes plants, m’a demandé tout de suite : « As-tu acheté ta terre, ton engrais, ton compost ou ton fumier ? »
Ça commençait très mal et je lui ai simplement répondu que tout était beau. La vérité, c’est que je ne savais même pas que je devais me poser ces questions. Une fois seul, une foule de questions m’a envahi :
- Quelle terre dois-je acheter ?
- Quel engrais fonctionne le mieux ?
- Du fumier ou du compost ?
- Quel contenant choisir ? Quelle couleur ? Quelle hauteur ? Quelle profondeur ? Carré ou circulaire ? En plastique ou en bois ? Celui à 3 $ ou à 100 $ ?
Avec le recul, je réalise que ces questions n’étaient pas nécessairement des obstacles à surmonter pour réussir un potager. Ce sont des éléments qui font partie de l’apprentissage et on ne peut pas tout contrôler dès le départ.
Le jardinage n’est pas nécessairement compliqué, même en climat nordique où la saison de culture est courte et où chaque semaine compte. Il demande seulement de comprendre quelques bases et d’accepter d’apprendre avec l’expérience. On ne devient pas jardinier avant de commencer. On devient jardinier en commençant.
Apprendre à la dure
J’ai donc commencé ! Je suis allé acheter de la terre dans une jardinerie. Quelle marque ? Pour moi, de la terre, c’était de la terre, tout simplement. Et l’engrais ? Pas besoin.
Par la suite, je suis allé consulter les différents sites Internet pour acheter des contenants de jardinage. 400 $ pour mes contenants (trois pour mes tomates, un gros contenant avec support pour accueillir mes deux plants de concombres et un autre gros contenant avec support pour planter mes semences de haricots jaunes). Je me suis dit que le prix allait permettre à mon potager de produire plus… Quelle blague !
Enfin, je suis prêt à transplanter mes petits plants et à semer. J’arrose généreusement. Et quelques jours plus tard, la magie opère. Ça pousse ! Je demande à la personne qui m’a donné les plants de venir voir mon potager. Voici ses commentaires :
- En effet, ça pousse bien, mais les contenants dans lesquels tu as mis tes tomates sont trop petits. Ce sont des plants indéterminés aussi, ça va grimper comme de la vigne. Si tu ne mets pas de support pour tes tomates, tu vas avoir une méchante surprise bientôt.
- Tu n’as pas mis d’engrais !? Dans un contenant, t’as pas le choix, comment vas-tu nourrir ta plante ? Tu veux juste du feuillage, pas de fruits ?
- Au moins t’as pensé au support pour les concombres et les haricots !
- Oh mon dieu ! Ta terre est sèche comme de la galette. Il faut arroser pratiquement tous les jours ou vérifier en rentrant un doigt que ta terre est encore humide.
- T’as payé 400 $ pour tes contenants !? Pourquoi pas avoir acheté ceux à 5 $ à la jardinerie ?
Autre nouveauté, j’ai su qu’il existait des plants déterminés et indéterminés. Avec tous ces commentaires, j’ai alors réalisé qu’on ne peut pas tout savoir dès le départ et c’est normal. Peu importe notre préparation initiale, notre potager nous surprendra toujours et certaines personnes auront toujours quelque chose à nous apprendre.
C’était la première erreur que j’avais commise. J’avais cherché les meilleurs contenants, le meilleur équipement. Pourtant, l’information la plus précieuse était simplement de poser des questions à quelqu’un qui avait déjà vécu cette expérience. Et j’en ai payé les frais. En effet, quelques semaines plus tard, l’un de mes plants de tomates a commencé à jaunir. Je n’avais toujours pas mis d’engrais. J’ai donc demandé des conseils dans une jardinerie. On m’a encore posé beaucoup trop de questions. J’ai donc acheté l’engrais qui me semblait adéquat, sans vraiment comprendre comment ni quand l’utiliser.
Ce plant de tomates a fini par mourir et mes deux autres plants ont produit quelques tomates. J’ai récolté tout au long de l’été plusieurs fèves et beaucoup de concombres.

La deuxième erreur que j’ai commise a été de penser que tous les légumes ont les mêmes besoins. C’était complètement faux. Certains légumes sont plus capricieux (les tomates sont de vraies drama queens); d’autres, beaucoup moins (les haricots jaunes).
C’est la nature qui décide
Peu importe l’expérience qu’on acquiert, même si on peut devenir expert en terreau ou en engrais (ce n’est pas mon cas), même si on arrose adéquatement et qu’on a un jardin à la hauteur de nos attentes, il y a une chose sur laquelle on ne peut avoir aucun contrôle : Mère nature.
Je vous ai parlé de mon plant de tomate qui est mort, mais je ne vous ai pas parlé de toutes les causes de son décès. Oui, peut-être que j’ai eu de la difficulté avec l’arrosage ou avec l’utilisation d’engrais. Le jardinier joue évidemment un rôle important dans la santé de son potager. Il observe et ajuste. Mais certaines choses demeurent hors de son contrôle.
Ce qui a achevé mon plant, c’est une tempête. Un beau mélange entre un vent intense et de la grêle. Un paradis luxuriant peut devenir rapidement une scène apocalyptique. Mes plants de tomates étaient des indéterminés et avaient une bonne hauteur. Sans support adéquat, mes trois plants ont plié. La grêle a cassé certaines branches de mes plants de tomates et plusieurs feuilles de mes plants de concombres ont été gravement transpercées. Après cet événement, j’ai réussi à rescaper miraculeusement la plupart de mes plants, sauf un.
La troisième erreur que j’ai commise a été d’oublier que la nature a toujours le dernier mot.
La quatrième erreur que j’ai commise a été d’oublier le plus grand avantage qu’offre un potager en contenant : ça se déplace. J’ai vu l’orage arriver et j’aurais pu déplacer mes contenants dans mon cabanon (d’ailleurs très pratique lors des premiers gels automnaux).
Ce que cette première expérience a changé
Après cette première expérience de jardinage, malgré certaines difficultés qui m’ont parfois un peu découragé, je dois vous avouer qu’une passion est née. Je l’ai su au moment où je me suis surpris, un soir d’hiver, à essayer de comprendre comment je pourrais mieux faire les choses l’été suivant, alors que je ne voulais pas nécessairement au départ avoir un potager chaque année.
J’ai eu envie d’expérimenter d’autres variétés de légumes. J’ai voulu tester des variétés de tomates plus résistantes ou qui semblent moins adaptées au climat nordique, voir ce qui se produirait si je plantais quatre plants de concombres dans le même pot. J’ai voulu acheter une vivace comestible (comme la ciboulette) et la laisser passer l’hiver de différentes façons : dans mon cabanon sans l’arroser ou directement sous la neige, simplement pour voir ce qui se produirait. J’ai voulu acheter des plus gros pots, des plus petits. J’ai voulu utiliser d’autres couleurs de contenant.
Aujourd’hui, avec beaucoup de recul, je pense que c’est pour ça que je continue de jardiner. Je veux continuer à expérimenter. Je n’ai plus peur de me tromper.
Ce que j’aurais aimé savoir
S’il n’y a qu’une seule chose à retenir de cette expérience, c’est qu’il faut commencer petit et prendre son temps. On peut tous devenir jardinier. Ne pas tout savoir au départ est même bénéfique. Si on attend d’en savoir plus, de connaître à la perfection tous les détails pour réussir un potager parfait sous un climat nordique à l’été court, on ne commencera jamais.
C’est maintenant à vous de commencer.
Alors, commencez avec quelques plants, quelques erreurs et beaucoup de curiosité. Avoir un plus grand potager, utiliser un meilleur équipement ou trouver les variétés parfaites viendra avec le temps. Le jardinage nordique en contenant n’est pas une question de perfection, mais d’apprentissage saison après saison. Il faut observer, expérimenter et apprendre avec son potager.
Jardinez.
— Le Potager Boréal


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